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Les lettres et la philosophie dans les prépas scientifiques et technologiques - Lycée Raspail

Mise à jour : 21/05/2013

Les lettres et la philosophie dans les prépas scientifiques et technologiques

Le programme de lettres-philosophievise à approfondir la culture générale – en partie acquise dans le secondaire –, aide les candidats à saisir les questions, à les analyser, à en dégager la problématique, et à développer leur esprit de synthèse.

Chaque année, un nouveau thème est proposé : il peut solliciter la psychologie, la sociologie, la philosophie et s’appuie sur trois œuvres obligatoires – deux œuvres littéraires et une troisième philosophique. Quelques exemples : humain/ inhumain ; savoir/ ignorer ; les expériences du présent ; les énigmes du moi.

Le nouveau thème retenu pour l'année 2013-2014 : "Le Temps vécu".

 Les oeuvres :
  • Bergson, Les Données immédiates de la conscience (chapitre 2) 
  • Gérard de Nerval, "Sylvie"
  •  Virginia Woolf, Mrs Dalloway

Le "temps vécu" est à appréhender dans son opposition au temps cosmique et au temps chronologique. Il s'agit d'un temps subjectivé, perçu par le filtre de la sensibilité ou de la conscience : le "temps vécu" est donc le temps senti / ressenti / perçu mais il peut tout aussi bien désigner le temps "de la vie", borné donc, encadré par la naissance et la mort. Tout l'enjeu qui sous-tend le thème du "temps vécu" est la possibilité ou non pour l'homme de triompher de la linéarité tragique du temps pour se réapproprier, par l'instant reconquis, ce temps qui lui est extérieur et qu'il subit.

La problématique d'ensemble du programme sera donc de définir le temps vécu, "temps mortel" dans son opposition au "temps monumental" (P. Ricoeur), en le constituant comme "temps intime", entre conscience et affects. L'appréhension du temps implique la prise en compte de la mémoire et des souvenirs, la "mémoire involontaire" (chez Rousseau, Chateaubriand ou Proust) créant des effets de superpositions temporelles (le passé se superpose au présent le temps de la sensation ressentie et du surgissement du souvenir). Il faudra également tenir compte des perturbations que cela peut engendrer (perte de repères, confusion et même risque de folie, perceptibles clairement chez Nerval et Woolf). Le "temps vécu", intimisé, a donc partie liée non seulement avec la phénoménologie (Husserl, Heidegger) mais aussi avec l'âme (comme chez Saint Augustin, le temps qui se réduit à la "distentio animi", la "distension de l'âme"). La psychologie et la psychopathologie sont des domaines à prendre en compte : les maladies mentales entraînent des troubles du rapport au temps, étudiés par Eugène Minkowski dans la deuxième partie de son essai intitulé Le Temps vécu.

Dans ce cadre, le paradigme passé-présent-avenir demeure le champ d'investigation du programme, avec une tension entre temps horizontal (chronologique) et temps vertical (psychologique, celui de l'expérience atemporelle de l'instant, mise en valeur par Gaston Bachelard dans L'Intuition de l'Instant), qui superpose les expériences psychiques en figeant la conscience du temps qui se déroule selon une horizontalité perpétuelle et progressive. Dépassant cette double orientation du temps, la mise en récit du temps vécu (avec le jeu des temps verbaux) peut paraître une manière de reconquérir le temps cosmique et chronologique en lui donnant une autre progression, personnelle et plus apte à rendre le "courant de conscience" qui traverse les personnages et anime la vie de l'esprit.
Bergson, pour sa part, se préoccupe plus particulièrement de la durée, qu'il perçoit de manière homogène et inaltérable, comme une "donnée immédiate de la conscience", position contestée par Bachelard, qui y voit davantage une "dialectique" qui nécessite une construction mentale (La Dialectique de la durée) fondée sur des instants qui se succèdent mais qui ne se confondent pas. Cette fragmentation de la perception de la durée est fondamentale dans les oeuvres littéraires au programme : Nerval, avec le phénomène de paramnésie (sensation de "déjà-vu") explore, dans "Sylvie", les frontières de la folie en superposant dangereusement les époques temporelles, rêvant de voir se manifester à nouveau, dans les lieux de son enfance - le Valois - ce passé paradisiaque et idyllique qui lui permettrait de sublimer son présent déceptif. Virginia Woolf magnifie quant à elle ces "moments of being" ("instants de vie") où l'être est transporté hors du temps, faisant l'expérience instantanée d'une euphorie très intense, qui fait remonter à la surface de la conscience les souvenirs les plus forts qui animent la vie psychique (voir l'incipit de Mrs Dalloway). En creusant des tunnels entre ses personnages ("tunneling process"), elle creuse le temps et introduit une autre logique qui courcircuite la linéarité tragique du temps chronologique : retraçant, par la modalité du monologue intérieur, le flux des pensées qui passe au premier plan du récit, en tension avec le temps monumental (Big Ben, les horloges), elle l'éclipse et dessine les contours d'une victoire possible, vaine et éphémère, mais une victoire tout de même, sur le temps des heures qui défile inexorablement, rendant l'être humain spectateur de sa destinée tragique.

Sébastien Baudoin.

Les épreuves

Elles varient selon les concours mais s’organisent essentiellement autour de deux types d’exercices :

  • la dissertation, c’est-à-dire le développement clairement structuré et argumenté d’une réflexion sur un sujet tiré du thème, réflexion nourrie par les œuvres du programme ;
  •  le résumé, parfois suivi de questions, et accompagné d’une discussion. Celle-ci se rapproche de la dissertation, avec peut-être plus de souplesse dans les exigences (elle doit se faire en deux heures et n’implique pas forcément en plan en trois parties), et la nécessité de s’appuyer, pour nourrir l’argumentation, sur le texte qu’on a précédemment résumé autant que sur les œuvres au programme.

 

Ces épreuves qui, avec les langues, ont un coefficient égal à celui des mathématiques ou de la physique, permettent de percevoir des aptitudes nécessaires au métier d’ingénieur, mais elles forment également des esprits lucides, cultivés et conscients.